Les travaux progressent, mais eux aussi ne sont qu’un outil. Les fonds vont et viennent tu es au centre de tout mais personne ne te connait, un mystère à ciel ouvert. Tu aimes bien fonctionner comme ça. Tu ne veux surtout pas que l’on te remercie, tu ne veux pas être la cible de leur gratitude. Tu ne fais pas ca pour eux, ils ne sont qu’un outil, tu ne connais pas leur nom. Tu ne peux pas te permettre de les considérer, ils n’existent pas. Quand la nuit tombe, quand tu essaies vainement de te saouler sur la terrasse de l’appartement que tu loues sous le nom d’un mort, et que tu regardes le ciel étoilé, tu jures que ce n’est pas leur visage que tu voies, ce n’est que de la poussière qui te vient dans les yeux, quelques secondes, le temps que ton organisme chasse l’alcool… Ton organisme chasse l’alcool presqu’aussi vite que tu l’absorbes, même après 2 litres de… tu as oublié le nom de ce machin qu’ils t’ont vendu… tu te demandes si ce n’est pas de l’eau. Dans l’Autre Monde il arrive que des gens aillent a l’hôpital, voir la morgue à cause de l’alcool, toi tu n’as vu que les toilettes, ton organisme transforme tout ce que tu bois en eau, ou en sucre, synthétise de la matière musculaire à partir de n’importe quoi et rejette le reste sous forme d’eau, tout ce qui est susceptible d’être toxique est rejeté sans merci. Tu boufferais de la boue que tu resterais comme tu es, encore une fois peut être aurais tu suivis le “traitement” par toi – même, si on t’avait laissé le choix. Si on t’avait laissé le choix… si on t’avait laissé choisir, si on t’avait donné des options. Mais même à l’état de fétus, avant même que tu sois une personne, ou même un organisme autonome, des choix tu n’en as pas eu. Tes parents étaient pauvres et comme beaucoup de gens dans leur cas il n’y avait pas beaucoup de choix. Tu n’existais pas mais ils t’aimaient, ils voulaient te donner une chance, la seule qu’ils pouvaient. Ils ont accepté l’offre des entreprises pharmaceutique, la dernière grande vague d’expériences génétiques avant de clore le sujet de façon quasi définitive. Tu es né, et les entreprises ont tout payées, tu as eu la chance que tes parents ont tant payés pour te la donner, tu ne les as jamais vraiment connu, quelques visites permises par le centre. Pas question que qui que se soit te lâche, l’humain ultime, plus rapide, plus fort, plus intelligent, plus tout, en fait comme tout bon citoyen du G-12, sauf que toi tu n’avais pas besoin de drogues, même si elles marchent sur toi comme sur tout autre personne. Tu as repoussé les limites de l’humain, hourra, et puis les entreprises ont décidé d’arrêter les frais, en effet quel était l’intérêt d’un être humain qui n’avait pas besoin de drogues? Pas besoin d’elles? Tu devais être unique, le seul, tu sais qu’il y en avait d’autres tu ne dois ta survie qu’à un médecin qui a parlé de toi sur son blog, tu es devenu une célébrité du jour au lendemain, tu n’as su que bien plus tard, bien plus tard… ce qui est arrivé au “médecin-blogueur” et aux autres comme toi. Envies tu autant cette jeunesse parce que toi tu es passé à côté de la tienne, ou est-ce un sentiment normal? Cette fascination pour ceux qui ne savent pas, cette ignorance qui permet l’optimisme, l’enthousiasme, les plans à long terme qui ne survivront pas à demain, les sorties philosophiques si tôt oubliées, dès les premières lueurs du jour. Refaire le monde comme si on le comprenait aux douces heures de la nuit, et toute cette arrogance, comme si on comprenait, comme si on savait… est-ce finalement un sentiment que tu veux retrouver? Ou l’impression d’avoir gâché quelque chose? L’impression que le monde ne tourne que pour toi… revenir a l’état où tu ne savais pas. Mais n’est-ce pas à cause de ça que tu as fait tout ça? Que tu es ici maintenant? En revenant en arrière, tu n’as pas réellement l’impression d’avoir eu le choix, c’est peut-être le pire. Depuis que tu es né jusqu’à aujourd’hui, tu as cru longtemps pouvoir choisir, pondérer entre deux options mais la vérité? Il y avait toujours quelqu’un dans l’ombre, tes parents, le centre, la directrice d’Interpol, ta petite amie, la société, toujours quelqu’un qui en savait plus sur toi que toi même.

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