6 jours sans Pluralis, la douleur est insoutenable, la seule raison pour laquelle tu as duré si longtemps est parce que la porte de la salle est doté d’un verrou digital, la porte de n’ouvrira que demain. Ce n’est pas la première fois que tu es en état de manque et tu sais juste que ton esprit a tendance à atténuer la douleur avec le temps. Tu sais aussi que le choc psychologique associé aux crises de manques te permet de faire sauter le blocage mémoriel. Tu t’es donc mis dans un endroit que tu connais, tu y as passé pas mal de temps ces dernières semaines pour te le bricoler. Tu veux te souvenir, et c’est le seul moyen que tu connaisses. Tu saignes du nez, tes yeux te donnent l’impression qu’ils vont exploser, tu hurles et tapes contre les murs, mais rien de violent, jamais rien de violent, rien qui puisse te mettre en danger, toute l’ironie de l’Immortine résumée, la pire souffrance que tu connaisses sans échappatoires. Tu as déjà tout vomis vers le deuxième jour, tu commences à t’inquiéter… t’avoir infligé tout cela pour rien du tout. Puis la migraine reprend de plus belle, pire que tout le reste, écrasante tu te couches par terre en pleurant, tes larmes sont légèrement rougeâtres.
Tu es dans le laboratoire, les gens crient en face de toi, le monde semble clair, très clair, presque violent. Tu as une arme à la main, l’un des fusils d’assaut d’Interpol, énorme… contre des civils à moitié morts de faim. Tu n’es pas seul à coté de toi, tu voies le reste du groupe, ils rient, hurlent de douleur, chacun réagit à la morsure comme il le peut, certains pleurent. Tu as l’impression d’être en plein chaos, tout le monde bouge au ralentit, tu vois les balles voler autour de toi, il faut presque deux secondes pour qu’elles touchent leur cibles. Tu bouges impossiblement lentement, mais plus vite que ceux autours de toi. Tu penses que tu as un problème, puis tu te dis que le “Celeris” (censé améliorer les réactions nerveuses) n’a peut-être pas fait effet, la morsure n’est pas la seule drogue que vous prenez, il y en a tout un cocktail, pour penser plus vite, être plus fort, plus rapide. Tu finis par te dire que la morsure est surtout nécessaire pour éviter de péter un câble, victime de toutes ces sensations a la fois, tu sens que ton cerveau a des problèmes pour enregistrer tous ces signaux à cette vitesse. Les sons apparaissent comme allongés, tu ne comprends pas ce que te disent les gens autour de toi. Les civils sont dans des laboratoires, ils s’affairent à leurs fioles. Tu comprends que c’est bien là le laboratoire que tu cherchais, ces gens sont ceux qui permettent aux gens du coin de vivre a peu près décemment comparé à leur compatriotes, qui eux ont la décence de mourir quand on leur dit. La morsure empêche les jugements moraux, tes décisions sont basés sur la raison. Tu comprends que la plupart des hommes avec toi ne sont pas dans le même cas, la suppression de leur facultés émotionnelles les met dans une sorte de furie, ils ne sont pas dépourvus d’émotion ils sont juste braqués sur une seule. Autour de toi, des gens sont violés puis massacrés, pas toujours dans cet ordre, le genre ne semble pas les gêner non plus. Certains ont déjà lâché leurs armes, un de tes “camarades” a son pantalon baissé, il en a après le chien qu’il continue d’appeler “Simone”. Plus rien ne fait de sens, surchargé par des messages conflictuels, privé d’émotion, leur cerveau est complètement saturé, tentant de trouver des palliatifs, une bande de junkies émotionnels, ils tentent d’éprouver quelque chose. Les balles sifflent autour de toi et continuent de ralentir, tu comprends que ton organisme doit ralentir la progression du “Celeris”, il doit aussi affecter d’autres drogues, à moins que tu sois déjà habitué à fonctionner à un “autre niveau”. Vu comme ça, le choix n’existe pas, tu t’es engagé à Interpol pour protéger les faibles, tu as compris pendant cette enquête que tu n’étais pas avec les bons. C’est pour ça que tu as insisté pour venir, tu as déjà vu le nom du docteur, tu le connais. Comment savais tu que tu ne serais pas affecté comme les autres? Un autre membre du groupe, à coté de toi, tire, il hurle quelque chose à caractère raciale, une insulte… c’est idiot il est de la même couleur qu’eux. L’insanité de la situation ne te donne qu’un seul chemin logique. La logique est une chose assez surprenante quand on regarde bien, dépendante toujours de la personne qui prend la décision. Par exemple tu as rejoint Interpol pas parce que tu le voulais, tu n’avais guère d’autre choix, mais tu avais décidé de faire quelque chose, prendre cette “occasion” pour faire quelque chose de bien, quelque chose en accord avec tes principes. Hors le choix est ici bien clair, des êtres humains vivant dans la clandestinité afin d’aider leur congénères, oui tu connais leur crimes, la sainteté n’est qu’un concept. Face à eux un groupe entrainé et armé en complète roue libre. Ta psyché fait la liste des crimes comparatifs, tu sais pourquoi vous êtes là, pourquoi ils sont là. Tu as une chance de faire ce que tu rêvais de faire… pas sauver des vies… faire ton propre choix. L’homme à coté de toi tire… une nouvelle rafale ou est-ce la même?
La balle quitte le canon, tu files, guère habitué à cette magnitude d’inertie, tes semelles fondent en partie sur le sol (rapport friction/matériel/vitesse), tu soulèves un bureau sans réellement réaliser son poids et bloque les balles. Tu sens a peine les impacts, le bureau pourtant ne survie pas a l’opération, il se brise mais prend un temps considérable pour tomber, ce qui était dessus n’a toujours pas touché le sol, tu prends une éprouvette et la lance vers le tireur, elle se loge dans sa gorge… tu la voies se briser lorsque l’homme contracte son larynx pour essayer de hurler, le sang coule à flot, “encouragé” par l’éprouvette. Tu regardes ton fusil, tu sais que tu ne l’utiliseras pas. Tu as beau ne pas ressentir de culpabilité ou de peur, tu n’es pas un tueur, tu n’as pas le réflexe de lever ton arme et délibérément l’utiliser pour tuer. Il y a une logique à ça… c’est une phobie, c’est l’arme du crime, ce que tu hais, tu n’es pas comme eux, ce n’est pas ton arme que tu rejettes c’est eux… ta vie, ta société en entier. Les civils survivants apparaissent comme immobiles, les autres bougent si lentement, l’effet du Celeris est à son apogée, couplé à ton métabolisme. Tu bondis sur une table et de la 6 mètres plus loin, face a un autre membre du groupe, ton genou percute son visage, tu sens les os céder, le contact sur son cerveau, le mur derrière lui. D’autres essaient de tirer, personne ne parle, tout le monde grogne. Tu mets un coup de pieds sur un bureau, ce dernier s’envole, les balles le percute et le déchiquètent entièrement, tu es juste derrière ton poing gauche explose le crane que tu percutes comme un melon trop mur. Les morceaux du bureau déchiqueté sont encore en l’air, tu attrapes un autre homme par la gorge. Tu ne le fais même pas exprès, tu ne contrôles pas cette vitesse, ni ta force, les cervicales cèdent alors que le reste de la zone tourne en une sorte de bouillie rougeâtre, il n’y a plus d’attaches entre la tête et le corps, quand tu lâches la gorge, le corps reste pourtant étrangement debout. Puis un son retentit, une sorte de sifflement qui te vrille les oreilles. Le bureau tombe finalement, tout comme l’homme que tu tenais, et les autres membres de la brigade… abasourdis tu restes le seul debout. Enfin presque, un autre homme apparait en face de toi, visiblement le maitre d’œuvre de l’opération. Tu le reconnais.

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