« Après le deuxième conflit contre le Flosten, les paladins déclarèrent que la Josaria s’était égarée à guerroyer contre des coreligionnaires pour des motifs futiles. Dans le but de revenir sur la voie du bien, ils lancèrent une grande croisade contre les païens jüstans.
La conquête fut facile. Mais les paladins ne furent pas accueillis en libérateurs comme ils l’avaient escompté. Un an à peine après la fin officielle de la guerre, une première révolte contre leur présence fut lancée. Elle fut rapidement matée. Mais cela ne découragea pas les Jüstans d’en lancer une autre l’année suivante, puis celle d’après. Ce cycle dura vingt-huit ans et il coûta aux paladins bien plus cher que des soldats ou de l’argent : il leur prit leur honneur.
Désespérés de ne pas arriver à pacifier la région, certains paladins commencèrent à se perdre dans de noires extrémités : tortures, massacres de civils, extermination de clans entiers…
Au bout de vingt ans de croisade, ces événements conduisirent l’Assemblée à effectuer une purge de l’Ordre, menée par l’armée et la magistrature. Ce fut la première et la seule qu’aient connue les paladins dans notre pays. Durant cet événement, les deux tiers d’entre eux furent démis de leurs fonctions, emprisonnés ou exécutés. Les paladins avaient déjà subi de lourdes pertes au cours de la guerre. Cette purge les mena au bord de l’extinction.
Un conglomérat de Maisons marchandes prit alors la tête de la croisade, qui fut déclarée achevée au bout de sept ans. Malgré cela, la région resta instable pendant longtemps. »

Chronique de la Josaria

Trois cadavres étaient étendus dans l’herbe. À leur proximité se trouvait le même nombre de personnes, bien vivantes pour leur part.
Le plus proche était un homme qui approchait de la trentaine. De taille moyenne, ses cheveux étaient bruns et ses yeux verts. Il portait une armure de plaques complète, décorée d’une gravure représentant deux ailes d’anges. Sa seule arme visible était une épée courte, accrochée à la ceinture. Il affichait une mine lasse. Cet homme s’appelait Henri et était un paladin.

– Bon, je pense savoir ce qui s’est passé, dit-il en se relevant.

– Ce qui s’est passé est évident, lui répondit une jeune femme juste à côté. Des Jüstans sont sortis de la forêt, ont assassiné mes amis et sont repartis.

Elle avait tout juste dépassé vingt ans. Mais comme beaucoup de paysannes, elle en faisait plus. Le rude travail des champs lui avait donné des mains calleuses, un corps robuste et une peau marquée par le soleil. Ce dernier avait séché ses longs cheveux blonds. Contrairement à Henri, elle était très agitée.

Ses habits étaient constitués de grossiers vêtements de chanvre, complétés de chaussures en bois. Deux des cadavres au sol, un jeune homme et une jeune femme, étaient habillés pareillement. La paysanne était aussi armée d’une lance courte et disposait d’une gourde, ainsi que d’un petit sac à provisions, fait de paille tressée.

Il s’agissait de la cheffe de la milice locale, celle d’une petite communauté de fermiers installée là depuis la fin de la croisade. Une vingtaine d’autres comme elle, paysans miliciens armés de bric et de broc, étaient dispersés aux alentours.

– Et je suis sûr que vous avez réfléchi énormément avant de vous convaincre de cette théorie évidente et répondant à tous les préjugés, répondit Henri, ouvertement ironique. Mais je suis persuadé que cela est faux.

– Pardon ? répliqua-t-elle, totalement surprise.

– Eh bien, déjà, ce cadavre présente des éléments allant à l’encontre de cette hypothèse, dit le paladin, en montrant le dernier corps du doigt.

Le jeune homme mort était de manière évidente un Jüstan. Il était habillé de fourrures cousues ensemble et portait un bracelet d’os taillé, représentant un loup mordant un lièvre. Un symbole païen. Il portait aussi un arc court, un couteau d’os et une petite outre.

– Le bracelet qu’il arbore est un colifichet, dont les Jüstans disent qu’il porte chance à la chasse. Mais surtout, il ne porte pas de peinture. Vous savez que leurs traditions impliquent de s’en recouvrir avant d’aller se battre.

La jeune paysanne ne répondit rien mais lança un regard mécontent à Henri. Ce dernier ne parut pas s’en affecter.

– De plus, reprit-il, mon assistant a trouvé des traces d’un cerf qui s’enfuyait de la forêt, ainsi que plusieurs flèches tirées dans sa direction. C’est bien cela, Pierre ?

En parlant le paladin s’était tourné vers un homme d’âge mûr, se trouvant non loin. Approchant de la cinquantaine, Pierre avait les cheveux gris et une moustache de la même couleur. Bien que petit, son corps était musclé et robuste. Son équipement comportait une armure de cuir clouté, une masse d’arme et un bouclier en bois.

– Tout à fait sire, dit-il d’une voix très placide.

– J’en conclus donc que les Jüstans étaient en train de chasser quand ils ont croisé votre patrouille, avant l’altercation qui a coûté la vie à trois personnes.

– Qu’est-ce que cela change ? demanda la milicienne.

– Tout, répondit Henri. Cela veut dire que les jüstans n’avaient sûrement pas envie de se battre. Ce sont peut-être même vos amis qui ont attaqué les premiers. Ce ne serait pas la première fois que ça se produirait.

– Comment osez-vous ?! s’exclama-t-elle. Ce sont des Jüstans, des sauvages, des brutes, des païens !

– Et c’est justement ce qu’ont dû se dire vos hommes avant de commencer à leurs envoyer des pierres, répliqua le paladin, de nouveau ironique. Ce qui, je vous le rappelle, ferait d’eux les criminels et non les Jüstans. Voilà pourquoi cela change tout.

– Il y a cinquante ans, votre Ordre était prêt à tous les exterminer. Et maintenant vous les défendez ?!

– Nous avons appris de nos erreurs. Vous devriez faire pareil.

– Et si c’était eux qui avaient attaqué en premier ?!

– Un juge tranchera la question. Je suis ici pour faire une enquête, pas pour distribuer des sentences sur la foi de mon seul avis. Et encore moins sur la foi du vôtre.

– Les Jüstans qui ont fait ça et sont encore vivants méritent de ne plus l’être, déclara-t-elle.

– Déjà, c’est « le Jüstan », répliqua Henri, car il n’y a qu’une seule trace de pas. Ensuite, je vous rappelle que nous ne sommes pas dans une des monarchies de l’Est où les gardes sont juges et bourreaux. Nous sommes dans la République de la Josaria et l’Assemblée a décrété il y a trois cents ans que ce n’était ni aux miliciens, ni aux paladins de décider qui méritait de mourir. Voulez-vous aller contre la volonté de l’Assemblée ?

Les paroles du paladin semblèrent faire mouche car la milicienne se calma.

– Non, répondit-t-elle.

– Bien, rentrez chez vous, enterrez vos morts, faites vos cérémonies et réfléchissez à qui vous enverrez comme témoin. Pierre et moi allons partir à la recherche du Jüstan présent lors de l’incident et leur ramener le corps de leur mort.

– Nous venons avec vous, déclara la femme d’un ton catégorique.

Henri abattit sa tête entre ses mains tout en soupirant d’exaspération.

– Pierre, dis-lui que c’est une mauvaise idée, dit-il d’un ton désespéré.

– C’est une mauvaise idée, répéta le soldat d’un ton morne et docile.

– Vous n’avez pas le droit de nous ordonner de rester, répondit la femme.

Henri soupira de nouveau. C’était vrai. Avant la croisade contre les Jüstans, un paladin aurait pu donner des ordres à des miliciens. Mais depuis la purge qu’avait subie son ordre, les pouvoirs que leur conférait la loi avaient considérablement diminué.

Il releva la tête de ses mains et fixa la femme dans les yeux.

– Vous voulez juste me suivre dans l’espoir que les Jüstans ne coopèrent pas et vous donnent un prétexte pour les tuer, n’est-ce pas ?

– C’est faux, répondit la milicienne.

Henri eut un petit rire.

– Vous mentez très mal.

– Vous n’avez aucune preuve, rétorqua-elle.

– Est-ce que vous avez au moins conscience que je fais tout cela pour vous ? demanda le paladin d’une voix exaspérée. Ce ne sont pas mes amis qui sont morts, ce n’est pas ma maison qui est près d’un clan jüstan, ce n’est pas moi qui ai besoin qu’on lui rende justice.

Il secoua la tête de dépit et poursuivit :

– Moi, si une dizaine de chasseurs me tirent dessus, j’ai ça.

Le paladin tapota doucement sur son armure.

– Harnois blanc en acier, le meilleur dans sa catégorie. Fruit de milliers d’années de progrès en métallurgie. Insensible aux flèches et à toutes les autres armes jüstans.

Henri pointa son doigt vers la jeune femme, tout en poursuivant :

– Vous, vous avez juste une tunique en chanvre. Une flèche dans le bras et vous ne travaillez pas pendant une semaine. Une flèche à la tête et vous êtes morte. Et c’est probablement ce qui va arriver si vous venez avec moi provoquer ces Jüstans.

– Je n’ai pas peur, répliqua la jeune femme avec un air de défi.

– C’est bien le problème, répliqua tristement Henri, son élan retombé. Vous devriez avoir peur de croiser dans les bois une bande de Jüstans énervés. Il n’y a aucune honte à ça. C’est de l’instinct de survie. Mais vous êtes tellement prise par votre haine que vous l’avez laissé de côté.

– Nous venons avec vous, répéta-elle.

Le paladin soupira.

– Pierre, dis-lui qu’elle devrait avoir peur, lâcha-il, du ton de celui qui tente de trouver un peu de réconfort dans l’humour.

– Vous devriez avoir peur, énonça docilement l’assistant.

– Nous venons avec vous, dit-elle une nouvelle fois.

– Bon, Pierre, visiblement tu parles à un mur. Nous ne la ferons pas changer d’avis, alors allons-y.

Il se dirigea vers deux chevaux qui attendaient non loin. C’étaient de robustes animaux, grands et massifs, taillés pour les longues marches. Sur l’une des deux montures, celle qu’enfourcha Henri, étaient accrochés un heaume décoré de petites ailes d’anges et une épée à deux mains. Sur l’autre, se trouvaient une arbalète et un carquois.

– Si les Jüstans ne vivaient pas dans cette maudite forêt, nous aurions juste à galoper vers leur village pour y arriver avant ces idiots, dit Henri à Pierre.

– En effet sire, cela est bien dommage.

La forêt était sombre et épaisse, avec des arbres resserrés et uniquement de petits sentiers pour la traverser. Impossible de faire galoper un cheval dans un tel endroit.

Le paladin et son assistant avançaient donc au pas, le deuxième ayant pris sur sa monture le corps du Jüstan mort.

Et, juste derrière le duo, marchaient les membres de la milice. Une poignée d’entre eux était partie ramener les corps à leur village. Tous les autres étaient venus.

– Sire, une troupe approche dans notre direction, déclara soudainement Pierre, après quelques heures d’avancée.

Henri, qui savait l’ouïe de son assistant bien plus affûtée que la sienne, fit arrêter son cheval.

– Qu’est-ce qui se passe ? demanda la milicienne.

– Je ne sais pas, lui répondit Henri. Et même si je le savais, je ne vous le dirais pas, ajouta-t-il après un court silence.

Il se contenta de mettre son heaume, tandis que Pierre saisissait son arbalète.

Une minute passa, puis des silhouettes apparurent à travers les ombres des arbres. C’était des Jüstans, reconnaissables à leurs vêtements de fourrure et, ce qui inquiéta le plus le paladin, aux glyphes de peintures bleue qui recouvraient leurs peaux. Des peintures de guerre.

Henri mit pied à terre et se dirigea vers la monture de Pierre. Il prit le cadavre du jeune Jüstan, le tenant dans ses bras. Il avança ensuite vers les silhouettes qui venaient d’apparaître.

– Nous sommes venus vous rendre le corps de votre mort, déclara-t-il.

– Nous sommes venus le venger ! répliqua l’une des silhouettes, un jeune homme tenant un javelot en main et portant à la ceinture une hache courte.

– Comme c’est original, répliqua Henri en posant le corps, à mi-chemin entre son groupe et celui des Jüstans.

Alors qu’il était proche d’eux, il pouvait les observer plus attentivement. Et ce qui le frappait est qu’ils étaient tous horriblement jeunes : aucun ne devait avoir plus de vingt-cinq ans.

– On nous a attaqués sans provocation alors que nous étions en train de chasser ! poursuivit le Jüstan. Et mon frère est mort ! Le sang appelle le sang !

– Ce n’est pas ce que dit la loi, répliqua Henri. Cela parle plutôt d’aller voir un juge et de le laisser trancher qui est coupable, après qu’une enquête ait été menée.

– Vous perdez votre temps ! lança la chef milicienne. Ces sauvages sont incapables de comprendre de telles choses !

– Je n’ai à obéir ni à vos lois, ni à votre dieu ! rétorqua ledit païen au paladin.

– Mais taisez-vous et laissez-moi faire mon travail ! lança Henri à la paysanne, avant de se retourner en direction du Jüstan. Et toi, arrête de prendre tes rêves pour des réalités. Vos chefs de clan ont rendu hommage à l’Assemblée. Tu es un citoyen de la Josaria maintenant et tu dois obéir à ses lois, que cela te plaise ou non. Alors tu vas venir avec moi témoigner devant le juge le plus proche pour que cette sombre affaire se finisse sans morts de plus.

– Les vôtres ont massacré les miens et voulu nous faire renoncer à nos dieux. Jamais je ne vous suivrai !

– Bon sang ! s’exclama Henri. Tu es au courant que la croisade s’est finie il y a vingt ans ?

– Cela n’efface pas vos crimes !

– Pas plus que les tiens. Tu ne peux justifier les péchés du présent par ceux du passé.

– Et qui vous a fait payer pour vos fautes à vous ?!

– Je n’étais pas né lorsque la croisade a débuté, rétorqua le paladin. Et j’avais sept ans lorsqu’elle s’est finie. Mais tu sais quoi, je parie que tes parents ont connu la croisade. Et tes grand-parents encore plus. Pareil pour ceux de tes amis, n’est-ce pas ?

– Oui. Certains sont même morts durant cette période, tués par les vôtres !

– Alors dis-moi, pourquoi les survivants ne sont pas ici avec vous, à crier vengeance pour la mort de ton frère ? Pourquoi n’y a-t-il avec toi que de jeunes hommes et de jeunes femmes qui n’ont jamais connu la guerre ?

Son interlocuteur ne répondit pas. Une minute de silence passa.

– Ce sont des lâches, déclara dans un souffle une des silhouettes, sans qu’on puisse l’identifier.

– Mes parents ne sont pas des lâches ! rétorqua violemment le Jüstan avec qui « conversait » Henri.

– Alors pourquoi ne sont-ils pas venus combattre avec toi ? redemanda le paladin.

– Ils ont dit que c’était une mauvaise idée, admit-il finalement.

– Des gens forts sages, commenta Henri. Vois-tu, eux ont connu la croisade. Ils ont vu les horreurs du combat et de la mort. Ils savent à quel point la voie de la vengeance est douloureuse et destructrice. C’est pour cela qu’ils y ont renoncé.

Le jeune Jüstan baissa la tête.

– Viens avec moi, poursuivit Henri. Allons voir ce juge. Finissons cette affaire sans combat supplémentaire. Trois morts, c’est déjà trois morts de trop.

La forêt resta silencieuse une bonne minute. Personne n’osait dire un mot. Un merle chantait au loin. Sa jolie voix était clairement audible par chacun.

Puis le Jüstan releva la tête.

– Jamais.

Il arma son bras, se préparant à propulser son javelot sur Henri.

Ce dernier leva sa main droite. Une puissante lumière blanche y apparut. La même lumière filtrait à travers les fentes de son casque. La blancheur se répandit rapidement à travers la sombre forêt, l’illuminant d’une douce lueur.

Le jeune jüstan poussa un cri de surprise, bien qu’il n’ait visiblement reçu aucun coup. Il réussit malgré tout à lancer son arme, mais d’un mouvement faible et désordonné. Le javelot se planta devant Henri sans causer le moindre dommage. Mais celui-ci chancelait un peu. L’utilisation d’un tel pouvoir n’était visiblement pas sans coût.

– Il a voulu tuer le paladin ! Attaquez ! cria la chef milicienne à ses forces.

– Non ! s’exclama Henri. Ne mettez pas vos vies en danger ! Je peux m’en sortir seul !

Ces paroles n’eurent aucun effet et la foule de paysans se précipita vers les Jüstans.

Le lanceur de javelot avait repris ses esprits et dégainé sa hache, fonçant vers Henri. Ce dernier laissa l’attaque aller jusqu’au bout. La lame de mauvais fer rebondit sur le harnois d’acier, déséquilibrant le jeune homme.
Le paladin en profita pour répliquer par un coup en pleine tête. Le poing ganté envoya le jeune Jüstan au sol.

Où sa tête se fit transpercer par une lance.

– Ça, c’est pour mes amis que tu as tués ! lui lança la chef milicienne.

Puis une flèche s’abattit sur la gorge de la jeune femme.

Henri n’eut pas le temps de s’attarder sur cet épisode macabre. Un autre adversaire fonçait sur lui : une jeune Jüstane qui portait une masse d’arme couverte de sang. Le paladin dégaina d’un geste vif son épée courte tout en se décalant pour esquiver l’attaque ennemie. Son armure de plaques, au poids de laquelle il était habitué, ne gênait pas ses mouvements.
Sa contre-attaque fut un geste rapide et précis, dénotant une haute maîtrise de l’escrime. Henri réussit à toucher la main ennemie qui maniait l’arme, causant une légère entaille.
La douleur fit toutefois lâcher sa masse à son adversaire. Puis une pierre l’atteignit à l’épaule et elle tomba au sol. Henri vit un milicien se précipiter sur elle, un épieu en mains, prêt à l’achever.

– Non ! s’exclama-t-il en s’interposant, agrippant le paysan pour l’empêcher d’avancer.

Mais une milicienne passa juste à côté et, profitant qu’Henri ait les mains occupées, porta le coup fatal à la Jüstane à terre, lui ouvrant la gorge d’un coup de serpe.

Puis tout fut fini.

Les miliciens étaient moins bons combattants que leurs ennemis. Mais ils étaient deux fois plus nombreux. Cela n’avait pas effrayé les Jüstans qui s’étaient jetés sur eux avec rage. Ils l’avaient tous payé de leur vie. Lorsque certains d’entre eux comprirent que seule la fuite les sauverait, il était déjà trop tard.

Une quinzaine de cadavres recouvrait le sol. Sans compter les blessés.

Henri rengaina son épée puis retira son casque. Le paladin affichait une expression de dégoût et de tristesse. Il s’approcha d’un milicien blessé, un paysan trentenaire qui avait reçu un coup de masse en plein genou. L’os était fracturé et la plaie saignait abondamment, menaçant la vie de l’homme.

– Ma jambe ! hurlait-il. Ma jambe !

Le paladin s’agenouilla près de lui et tendit la main. Comme auparavant, une douce lumière en émergea, ainsi que de ses yeux. Il toucha la blessure et maintint sa paume en place, faisant cesser les cris. Lorsque Henri releva sa main, seule une cicatrice était visible.

– Loué soit le Messager ! cria le paysan.

Il essaya de se mettre debout mais échoua et tomba au sol. La jambe qui venait juste d’être guérie n’arrivait pas à le porter.

– Les pouvoirs qui me sont accordés ont des limites, déclara Henri, fatigué par l’usage de cette capacité. Ta vie est sauvée mais tu ne pourras plus jamais marcher normalement.

– Mais…comment vais-je faire pour travailler aux champs ? J’ai des enfants à nourrir…

Le regard de l’homme était suppliant. Le paladin détourna la tête.

– Il fallait y penser avant, déclara-t-il d’un ton dur.

Son regard tomba sur les corps sans vie de la cheffe milicienne et du Jüstan qui avait tenté de le tuer.

– Vous auriez dû tous y penser avant…ajouta Henri, une terrible lassitude dans la voix.

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