Ils sortirent de leur sac leurs habituelles couvertures et se couchèrent sur le sol de pierre. La nuit s’annonçait dure pour eux. Bien qu’ils furent dans un endroit clôt, ils n’étaient pas à l’abri du froid pour autant. Ils finirent par s’endormirent quelques heures plus tard. De nouveau, Exéus rêva. Il trouva sans mal l’entrée de la montagne et entra à l’intérieur comme toujours. Rien n’avait changé. Il décida cette fois ci de se rapprochait un peu plus du volatile. Il grimpa sur le mur et observa la tête quasi humaine de l’oiseau. Il remarqua une petite ressemblance avec quelqu’un qu’il avait déjà vu. Il chercha à se rappeler où il avait vu ce visage mais en vain. Il finit par se dire que c’était peut être une coïncidence et que lui apportait trop d’importance était sûrement inutile. Il redescendit alors et se dirigea vers les cachots mais la porte qui permettait d’y accéder n’était pas déverrouillée. Il alla donc dans la direction de la fameuse ombre près de la porte. Mais comme toutes les autres fois, dès qu’il fut suffisamment près, il se réveillait d’un seul coup.
Ils étaient maintenant tous debout. Eldor avait mis un certain temps à reprendre ses esprits; le sommeil avait été vraiment très dur pour tout le monde. Ils n’avaient rien à manger et les provisions d’Eldor étaient totalement épuisées. Ils examinèrent de nouveau la carte et repérèrent la fameuse trappe qui permettait de s’échapper.
– J’espère que cette carte dit vrai à propos de cette trappe. Si jamais on nous prend, on nous tuera, dit Varro.
– Normalement il n’y a pas de raison, le marais et la prison y étaient inscrits alors que personne ne connaissaient leur existence, s’exclama Dana.
– Alors, allons y! dit Exéus.
Ils allèrent au fond de la cellule et firent qu’une des pierres sur le sol, n’était pas très bien placée. Eldor tenta de la tirer vers lui mais cela ne donna rien. Dana essaya de la pousser et de la frapper mais sans résultat non plus. Filen marcha dessus et sauta mais rien ne se passa. Varro lui, passa sa main dans l’espace situé entre la pierre et le reste du sol. Il l’enfonça sa le plus profondément possible et finit par toucher une sorte d’interrupteur. Soudain, un petit clic se fit entendre et la pierre en question se déplaça vers la gauche. Dans le creux laissé par la pierre, il y avait une poignée de métal rouillée.
– Bravo mon garçon, s’exclama Eldor.
– Vous croyez qu’il faut la tirer? demanda Varro.
– Il n’y aucune autre façon de le savoir, répondit Dana en la prenant et la tirant vers elle.
Tout à coup, le mur d’en face s’effaça pour faire place à une sorte de passage secret extrêmement vieux. Ils se regardèrent tous dans le blanc des yeux. Ils n’en revenaient pas, la carte disait vrai, ils allaient enfin pouvoir sortir de cet endroit sordide. Varro n’attendit pas une seconde et se précipita vers la sortie.
– ATTENTION, cria Eldor. Il y a peut-être des pièges dissimulés.
Heureusement Varro s’arrêta juste à temps, des pics de fer avaient jailli du sol.
– Tu vois! lui dit Eldor. Ces anciens passages creusés dans la roche ne sont pas les plus sûrs. Les personnes qui les ont mis en place étaient très prudents quand il s’agissait de protéger leurs secrets.
– Comment va t-on faire pour savoir où sont les pièges?
– On a cas lancer des objets devant nous et voir s’ils s’activent, dit Filen.
Ils fouillèrent tous dans leurs sacs et cherchèrent des objets qui ne leur étaient pas utiles. Dana trouva quelques bouts de bois , Varro un bout de flèche brisé, Eldor un petit carnet usé, Filen un bout de lame et Exéus plusieurs pierres. Ils s’avancèrent vers l’entrée du passage et Dana lança un petit bâton. Rien ne se produisit. Elle le ramassa et ils s’engouffrèrent à l’intérieur. C’était l’obscurité totale, il n’y avait aucune source de lumière permettant de se repérer. Eldor fit apparaître une torche enflammée. Un long tunnel s’étendait devant eux.
– Cet endroit doit grouiller de pièges, dit Eldor. Il faudra faire très attention.
Ils voulurent mettre un pied à l’intérieur mais la peur de tomber sur un piège mortel les en empêcha. Dana jeta un second bout de bois. Toujours rien. Ils avancèrent alors droit devant eux. Ce tunnel était vraiment étroit, une seule personne pouvait avancer, ils formaient donc une queue avec Eldor en tête suivi de Dana. C’était lui qui était censé prévenir d’un danger. Au fur et à mesure, ils lançaient des objets pour vérifier qu’il n’y avait aucun danger. Le sol était recouvert de terre malléable. Quelque fois, un de leurs pieds s’enfonçait et les ralentissait. Exéus ignorait si ce passage avait été creusé par l’ancien propriétaire de la carte mais il devait avoir été vraiment très pressé pour le faire si étroit. Il était tellement inconfortable qu’il fallait quelque fois se baisser pour ne pas se cogner contre ses parois. Ils avançaient maintenant depuis une dizaine de minutes et la pente pour rejoindre la surface devenait de plus en plus raide.
– Je n’arriverais jamais à gravir tout ça, dit Varro en voyant la longueur du chemin grâce à la torche d’Eldor.
– Eh bien il le faudra sinon tu resteras coincé ici pour toujours, lui répondit Filen. Quand les gardes s’apercevront de notre absence, ils enverront d’autres elfes pour nous chercher à travers le royaume.
– Comment allons-nous faire une fois à la surface, dit Exéus. Il faudra se cacher et partir, mais comment y arriver avec tous les elfes de Tevargues à nos trousses.
– Nous trouverons une solution, lui assura Eldor. Nous avons vécu bien pire que ça tout de même…
Mais il s’arrêta de parler. Ils le remarquèrent tous, une lueur orangée apparut dans l’obscurité. C’était le médaillon.
– Mais, oui le médaillon est censé me renseigner quand il y a un danger, s’exclama Exéus, pourquoi n’y avons nous pas pensé avant?
– C’ est vrai consentit Eldor, Il doit y en avoir un pas loin. Faîtes très attention où vous mettez les pieds.
Dana jeta de nouveau une petite brindille devant elle. Elle tomba sur une pierre un peu plus haute que les autres qui se rétracta. Soudain, un vacarme assourdissant se fit entendre. Un jet de flamme sortit d’un petit orifice d’une pierre non loin. Le petit bâton fut carbonisé en un rien de temps.
– Oh la la la la! cria Varro apeuré. Je veux pas mourir carbonisé dans un tunnel où on ne retrouvera jamais mon corps.
– Calme toi! cria Filen. Je crois que j’ai une idée. J’ai dans mon sac une cape en laine de roche. Elle ne brûle pas et ne propage pas le feu. Si nous la mettons sur nous à tour de rôle nous pourrons traverser les flammes sans problème.
– D’accord, dit Varro.
– Vous avez ça dans votre sac? demanda Eldor tout étonné.
– Oui j’en ai eu besoin pour de nombreux cas similaires lors de mes voyages, j’ai donc jugé utile de l’amener avec moi.
Filen s’enroula dan sa cape et traversa sans encombre les flammes puis l’envoya à Eldor.
Tous à tour de rôle la mirent et traversèrent sans danger.
– C’est incroyable la sensation que l’on ressent quand on passe à travers, dit Dana en retirant la cape. On a l’impression d’être invincible.
– Oui tu as raison, acquiesça Exéus. Merci Filen.
– Il n’y a pas de quoi.
Ils continuèrent leur montée vers la surface, mais ils avaient beau grimper, il n’en voyaient jamais la fin. Seul Filen leur remontait le moral de temps en temps. Cela faisait maintenant près d’une heure qu’ils marchaient quand ils tombèrent sur quelque chose qu’ils n’avaient pas envisagé. Deux chemins différents.
Deux tunnels se présentèrent à eux, un qui partait vers la gauche et l’autre vers la droite.
– On fait quoi là? demanda Exéus.
– Je n’en sais rien, avoua Eldor. Je n’aurais jamais imaginé ce scénario.
– Moi non plus, dit Filen. C’est étrange. Prendre le mauvais chemin pourrait être fatal.
– Bien je propose que l’on se sépare…essaya Eldor.
Mais à la simple prononciation de ce mot, Varro devint fou.
– NON! On ne se sépare pas, on reste ensemble, groupé.
– D’accord le rassura Exéus mais qu’est ce que tu propose alors?
– Il faut regarder la carte, dit-il.
– Cela ne sert à rien, dit Dana. J’ai eu la même idée mais il n’y a aucune indication qui pourrait nous dire quel chemin prendre.
– Alors, je ne vois aucune autre solution que de faire un vote, proposa Filen. Qui est pour la droite.
Ils levèrent tous la main.
– Qui pour la gauche?
Ils levèrent tous de nouveau la main.
– Vous voyez, on est incapable de choisir, on ne peut pas deviner lequel prendre.
– Où est Exéus demanda soudain Eldor?
Avant même qui quiconque est pu répondre, il réapparut en sortant du chemin de gauche.
– Arrêtez de vous battre, le chemin de gauche est totalement bouché, celui qui a creusé ce tunnel a sûrement dû rencontrer un éboulement et en a creusé un nouveau.
– Super, Exéus, dit Varro.
Ils partirent donc dans la direction proposée par Exéus. La montée continuait inexorablement. Heureusement elle était moins raide qu’avant. Sur le chemin, aucun piège ne vint les déranger, aucun jet de flammes, ni de trappes où bien encore de pics sortants du sol. C’était presque trop beau pour être vrai. Ils voyaient presque la fin du tunnel que tout à coup, le médaillon devint écarlate. Une des pierres du sol coulissa et fit tomber Exéus quelques mètres en dessous.
– EXEUS! cria Dana qui s’était précipitée pour voir où il était passé. Bientôt tout le groupe le regardait. Il avait perdu connaissance au fond du trou.
Il ne bougeait plus, on aurait dit qu’il ne respirait pas non plus. Dana voulut sauter avec lui comme l’avait fait Exéus lorsqu’elle était tombée du pont mais son père l’en empêcha.
– S’il te plaît papa! pleurait t-elle. Laisse moi le rejoindre et l’aider.
– Non! dit t-il sur un ton ferme et stricte. On va le sauver mais tu n’iras pas là bas.
Ils prirent tous un de leurs habits et les attachèrent ensemble pour former une corde.
– Filen tu descendras le chercher en t’accrochant à la corde. Quand tu l’auras attraper tu tireras sur la corde et on te remontra, expliqua Eldor.
Il acquiesça d’un hochement de tête et descendit dans le trou, il alla chercher le corps inerte d’Exéus. Il le prit par le bras et tira sur le corde. Eldor, qui avait reçu le signal demanda à Dana et à Varro de l’aider à les tirer. Ils attrapèrent tous fermement un bout de la corde de fortune et ils tirèrent de toutes leurs forces. Ce qui était dur, c’était qu’ils devaient tirer tout en étant en pente ce qui rendait la tache encore plus fastidieuse. Au bout de quelques minutes d’efforts intenses, ils furent de retour à la surface. Exéus était inerte. Dana se précipita sur lui et toucha son front. Il était gelé et son poux ne répondait pas. Ils ne savaient plus quoi faire, toutes les plantes que Dana possédait, étaient totalement inutiles dans le cas d’Exéus. Il ne restait plus qu’une solution, le bouche à bouche. Dana ne perdit pas une seconde de plus et colla sa bouche contre celle d’Exéus. Elle inspira un grand coup et souffla la totalité de l’air qu’elle avait inspiré dans l’organisme d’Exéus. Les premières tentatives furent veines, mais elle n’abandonna pas. Elle recommença de nouveau et ça pendant près d’une heure. Alors qu’ils avaient perdu tout espoirs, ils entendirent enfin le son délivrant d’Exéus. Il toussa et se mit à ouvrir les yeux petit à petit. Il avait conscience. Dana avait l’air de revivre, des larmes s’échappaient à présent des ses grands yeux bleus qu’Exéus trouvait si magnifiques. Elle rigola timidement et essaya de cacher son visage humide dans ses mains.
– Alors…Je t’ai manqué, dit Exéus avec une lenteur sans pareil.
Dana ne put s’empêcher d’éclater en sanglots. Elle ne put s’empêcher d’embrasser Exéus même sous le regard de son père.
Varro ne comprenait pas ce qu’il venait de se passer, la chute d’Exéus, le baiser de Dana. Il se contentait de les regarder en ne disant rien. Filen lui ne faisait pas trop attention à la situation quant à Eldor, à la grande surprise de Dana, ne manifesta aucun comportement de dégout où de colère face à ce moment embarrassant.
Après ce long baiser, Exéus se releva et s’assit sur le sol en s’appuyant sur le mur de pierre à côté de Varro. Dana regardait son père comme si elle s’attendait à subir ses foudres. Mais rien de tout cela ne se passa. Il était là à les regarder comme deux personnes amoureuses.
– Je ne comprends pas, tu ne nous dit rien? demanda Dana avec peur.
– Tu comprendras plus tard, répondit t-il.
Sans ajouter un autre mot à tout ça, Eldor reprit la route vers la sortie comme si rien de tout cela ne s’était produit. Dana et Exéus trouvaient cela très étrange. Varro s’éloigna de Filen et alla rejoindre ses deux amis.
– Alors comme ça vous êtes ensemble?
– Oui, dit Dana embarrassée de parler de ce sujet avec lui.
– Ca alors, je ne l’aurais jamais cru. Mais vous n’êtes pas de la même famille?
– Si, mais cela ne nous dérange pas, répondit Exéus.
– Ca je le sais, mais comment ce fait-il qu’Eldor ne vous ait rien dit, c’est ton grand-oncle quand même, en s’adressant à Exéus. Et toi c’est ton père.
– Moi aussi je trouve ça étrange et je ne comprends toujours pas sa dernière phrase.
– Peut être veut-il t’avouer que vous n’êtes pas de la même famille, tenta Varro sur un ton amusé.
Aucun ne répondit.
Le fin du chemin pour rejoindre la surface n’était plus très long et bientôt, ils se trouvèrent devant une grande porte de pierre. Varro courra vers cette dernière en imaginant déjà le ciel bleu, le soleil et la nature mais il ne vit qu’un mur de pierre, la porte n’avait pas de poignée.
– Oh non, j’espère que ce n’était pas un canular depuis le début, cria Varro. J’ai trop souffert pour arriver jusqu’ici.
– Pousse toi, lui dit Eldor. Je vais voir.
En effet, ce n’était rien de plus qu’un mur, la sortie était tout près mais ils ne pouvaient l’atteindre.
– Vous croyez que c’est comme pour l’entrée, il faut activer un levier ou presser un bouton, demanda Dana.
– Peut être mais il faudrait déjà les trouver pour cela. Cherchez au sol, il y a peut être une nouvelle trappe avec un mécanisme d’ouverture.
Ils mirent leurs mains au sol en espérant tomber sur une pierre anormale libérant un passage secret. Après plus d’une demi-heure de recherche dans les endroits les plus cachés, ils abandonnèrent toutes tentatives et s’assirent par terre.
– On risque de mourir ici si on ne trouve rien dit Eldor.
– Hors de questions que je meurs ici après tout ce qu’on a traversé, on est tout près du but, s’exclama Exéus.
Il se leva d’un bond et se mit de nouveau à tâter cette fois ci chaque partie du mur susceptible de dissimuler un levier. Il chercha pendant une dizaine de minutes jusqu’à qu’il sente quelque chose sur une des pierres.
– Venez, je crois que j’entends un creux, dit t-il en collant son oreille contre la pierre.
Ils approchèrent tous pleins d’espoirs et écoutèrent à leur tour.
– Vous voyez, il y a comme un vide derrière cette pierre, je me demande comment…
Trop tard, Filen avait donné un coup de pied si puissant contre la pierre qu’elle retomba en morceau sur le sol et laissa place à une poignée.
– La voilà notre sortie! s’écria Varro qui se mit immédiatement à la tirer vers lui. Soudain, la porte dans le mur s’enfonça et coulissa sur le côté et laissa la lumière du soleil pénétrer dans le tunnel si sombre.

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