Pavel était assis sur un vieux banc en ruine, dans l’un des parcs abandonnés de l’ancien centre. A l’époque, Bellwade s’était développée depuis les quelques maisonnettes qui se trouvaient là, puis l’expansion avait peu à peu déplacé le cœur plus loin à l’ouest, et le quartier avait lentement mais sûrement été laissé à l’abandon. Seules quelques familles vivaient encore là, par attachement à leur petit lopin de terre.

Alors que le soleil entamait sa descente, un korrigan surgit de l’une des ruelles et vint directement s’asseoir à côté de lui. Sans qu’ils échangent un seul mot, Pavel lui tendit un morceau de tissu couleur amande, et l’autre le rangea dans sa poche.

— Tu es en retard, dit finalement Pavel.
— Tu sais c’que c’est. Et tu m’as d’jà d’mandé des trucs plus faciles mon vieux.

Pavel eut un petit sourire d’excuses. Fil était un très vieil ami, et ils avaient tissé des liens étroits dans la douleur bien des années auparavant, lorsqu’ils étaient tous les deux gamins des rues. Ils avait pris des chemins différents à présent, mais cela arrangeait bien les affaires de Pavel par moment.

Le korrigan fit claquer ses sabots sur le pavé envahi d’herbes folles par endroit et leva les yeux vers les arbres.

— Ça tombe en ruine par ici…

Son ton était plein de regret, et Pavel lui-même se surprit à soupirer avec nostalgie.

— Il est loin le temps où on enduisait les coton-tiges du vieux Gredul avec de la cire d’abeille…

Un sourire étira les lèvres du korrigan, puis il redevint sérieux.

— Ton gang là, il est plus censé être en activité. Mais y’a des rumeurs. Des anciens membres reviennent régler de vieilles affaires.
— Dangereux ?
— C’est des rigolos, mais stupides. Tu sais à quel point les gens stupides peuvent être dangereux par moment. Moi j’essayerais plutôt de savoir ce que ton gaillard a fait pour s’attirer leur foudre.

Pavel hocha pensivement la tête.

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