Ils n’avaient jamais pris le temps de venir errer dans les allées du zoo. Bien qu’étant eux-mêmes éleveurs de coccinelles et de libellules dans un énorme ranch situé à quelques heures de route de Bellwade, lorsqu’ils venaient à la ville pour des ventes ou des problèmes administratifs, ils avaient rarement le temps de se promener.

Ce jour-là pourtant, ils avaient décidé de se rendre au zoo, curieux de voir les animaux des contrées lointaines où ils n’auraient jamais l’occasion de voyager. Piam était aux anges alors qu’ils approchaient des enclos des insectes volants. Elle avait entendu parler durant son enfance de ces coccinelles jaunes à pois noirs pouvant tenir dans la paume de la main ; elle avait bien de la peine à se représenter la chose, elle qui avait l’habitude de parcourir les nombreux hectares de leur domaine sur le dos de la sienne.

— Regarde ! Un champ de lavande ! s’exclama soudainement son époux en montrant du doigt l’un des enclos.
— Non, ça a la même couleur mais ça n’en est pas, sens !

La lutine accéléra le pas et posa ses mains sur le grillage qui entourait tout l’enclos, s’élevant à des mètres au-dessus du sol.

— Qu’est-ce qu’il y a ici ? demanda-t-elle.
— Des abeilles.

Son époux montra le panneau explicatif du bout des doigts et elle se pencha pour le lire à son tour. Alors qu’elle essayait de situer le lieu d’où elles venaient grâce aux quelques indications géographiques, quelqu’un passa dans leur dos en les bousculant et son époux la retint tout juste de s’écraser contre le grillage. Elle eut à peine le temps d’apercevoir un groupe de jeunes les regarder de travers avant qu’ils tournent au coin de l’enclos. Plus loin, un petit essaim d’abeilles prit son envol, mais tout son enthousiasme avait disparu.

C’était pour cette raison qu’elle n’aimait pas la ville. Elle avait le sentiment que la courtoisie et le respect se perdaient peu à peu dans les rues de Bellwade. Elle en avait été révoltée les premières fois où elle avait été confrontée à tout cela, mais désormais, elle se contentait d’en faire abstraction en pensant fort à son ranch et à la tranquillité qu’il lui offrait.

— Regarde, les coccinelles sont par là !

Piam s’efforça de retrouver son sourire alors que le gobelin l’attirait par la main. Un peu plus loin, dans un enclos aux dimensions plus réduites, les petites coccinelles qu’elle rêvait de voir évoluaient paisiblement. Elle vint s’accrocher cette fois aussi au grillage et colla son visage dessus pour essayer de mieux les voir. Son petit nez se glissa dans l’une des mailles et l’une des coccinelles vola jusqu’à elle pour le tapoter du bout de ses antennes. Piam se recula avec un petit rire.

— Voulez-vous les nourrir ?

Un peu plus loin, à l’entrée de l’enclos, une jeune gobeline les observait de loin, un seau de biscuits à la main. Piam jeta un regard à son époux sans oser y croire, puis elle se précipita aux côtés de la soigneuse. De l’autre côté, les jeunes qui les avaient bousculés un peu plus tôt lui jetèrent des regards jaloux et elle leur répondit par un grand sourire radieux.

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