II

Les yeux d’Arsan scrutèrent l’obscurité, un instinct s’éveilla en lui pour le prévenir d’un danger invisible. Mais Arsan était un homme civilisé, il réprima ce sombre sentiment pour s’engager sur les marches en pierre polie.
La sphère lumineuse le précéda dans sa descente, en dévoilant des fresques étranges d’hommes aux traits aquilins et possédant des cornes. Arsan sentait peser sur lui les regards des visages antédiluviens, il ressentait une impression gênante, celle d’être observé durant sa progression. Il se demanda plusieurs fois pourquoi il se trouvait là, lui qui ne se sentait pas d’un naturel courageux. Il se rabattit sur sa cupidité et sur la possibilité de tomber sur des trésors ancestraux. Arsan imagina des pierreries et des objets d’un autre âge qui l’attendaient, lui qui avait osé braver les interdits et défier les superstitions.

Il finit par se trouver devant un mur noir en onyx. C’est d’abord prudent puis avec toute l’habilité du marchand des voleurs qu’Arsan palpa la surface à la recherche d’un éventuel mécanisme. Pour Arsan, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait d’une porte. Avant d’embrasser la carrière de marchand, il écumait avec son oncle les tombes et connaissait donc bien les systèmes Thulien. En passant sur une des parties du mur celui — ci s’illumina formant des circuits de lumière bleue. Dans un grondement le mur glissa pour laisser le passage libre à Arsan. L’activation de la porte alluma quelques sphères de lumière qui avait survécu au temps. Une immense pièce se dévoila ainsi à Arsan, le plafond s’élevait en hauteur soutenue par plusieurs colonnes décorées. Des morceaux de teinture moisis par les éons tombaient en poussière. La ruine se révélait décevante pour Arsan qui s’attendait à autre chose. Il avança de quelques pas quand le cliquetis du sol l’informa qu’il venait de marcher sur un mécanisme, peut-être un piège. Le marchand amatéen recula d’un bond tel un félin. Son corps se prépara à un déluge de billes perforantes.
Rien ne vint, mise à part une sphère qui éclaira le dessus d’un genre de socle. Il remarqua un objet brillant plongé à l’intérieur. Enfin, le trésor qu’Arsan avait pu espérer était là. Une antique épée Thulienne, le marchand vola près de son butin pour l’examiner plus attentivement. Il s’agissait d’une épée à une main, bien droite avec deux bords tranchants. La garde était bien travaillée et il en émanait quelque chose d’antique tout en étant perfectionné. Arsan était certain que même les meilleurs forgerons de Kebulan ne pourraient conceptualiser une arme aussi complexe en apparence. Une goutte de sueur perlée sur son front, Arsan sentait une pression, un malaise. Celui d’un mortel qui se trouvait à l\’intérieur d\’une crypte morbide.
Un autre cliquetis résonna au niveau du socle accueillant l’épée, celle-ci bougea vers le haut comme si elle attendait que son propriétaire l’agrippe. Le son faisait penser à un mécanisme qui aurait déverrouillé l’artefact.
— Par Aset, guide-moi dans cette folie, murmura le marchand pour se donner du courage.
Il approcha, doucement, prudemment du socle et après avoir palpé la garde, comme pour se rassurer qu’il ne risquait rien. Il enserra l’épée à deux mains, aussitôt il sentit ses muscles se raidir et il s’écroula sur le sol. Le corps inerte du marchand semblait se préparait à accueillir la mort sur le sol noir de ce tombeau impie.

Le ciel, orange comme l’agrume et teinté de nuage sanguinolent rendait une atmosphère d’irréalité proche du rêve. C’était pourtant tangible pour Ozir qui se tenait prêt à plonger dans l’arche. On l’appelait le géant à cause de son physique bien trop développé pour un membre de la race Thulienne. Il avait l\’apparence d\’une statue massive en ivoire, tout n\’était que muscles noueux, comme un brasier ses cheveux flottaient au gré du vent, laissant entrevoir les yeux couleur fauves et une paire de cornes caractéristiques de sa race. Il faisait partie d’une caste de gardien qui avait sauvegardé durant des générations les thuliens des dangers extérieurs. Mais si aujourd’hui Ozir devait traverser le portail, c’est que les gardiens de la planète Thulia avaient failli à leur devoir de protection. L’arche condensa de l’énergie pour ouvrir le dirma, un portail naturel que l\’on pouvait amplifier pour voyager de monde en monde. Les thuliens pouvaient naviguer dans les étoiles, mais les distances séparant les mondes restaient hors de portée des vaisseaux thulien.

Une imposante infrastructure vit le jour autour du dirma afin de pouvoir évacuer la planète si nécessaire. Un éclair déchira le tissu même de la réalité et devant Ozir et les autres guerriers se dessinaient l’image d’un horizon inconnu. L\’étrange paysage laissait entrevoir une végétation couleur émeraude et un ciel azuré comme jamais un thulien n’en avait jamais vu.
Le chef de son groupe Atlas se retourna pour faire face à ses compagnons.
_mes frères, les dirigeants thulien nous envoi sur cet autre monde pour en vérifier la viabilité. Nous sommes passés de guerrier à fuyard ! grogna tu — il et c’est un déshonneur pour nous.
Une acclamation se fit entendre parmi les rangs des guerriers.
_En effet nous fuyons en cet instant non pas, car nous avons été couard, non mes frères ! Mais parce que nous n’avons rien lâché ! Atlas jeta un œil sur l’estrade où était assis l’hégémonie, le conseil de sages de Thulia.
_Les ténèbres qui nous ont attaqués durant des générations sont sur le point d’éradiquer notre race entière, continua Atlas.
En tant que premier guerrier du panthéon thulien, je déclare ici qu’il vaut mieux fuir et préserver les vies des innocents que laisser notre peuple périr.
Un vrombissement allant crescendo recouvra presque les cris de guerre des guerriers thulien.
Des opérateurs thulien s’activaient autour de consoles réglant des paramètres incompréhensibles. Leur tache était de maintenir dans le temps un portail connecté à une autre planète. Les guerriers s’équipèrent de leur exo — armure d’exploration, quand un second éclat doré illumina l’espace. Le passage s\’ouvrit pour recouvrir l’encadrement de la structure de l’arche. Le portail était pensé pour le passage massif d’individus et vaisseaux. Mais pour cette fois le passage serait ouvert pour le premier guerrier et ses compagnons.
Les thuliens bardés de métaux vérifièrent les armes et leur équipement de survie tout en étant attentifs à ce qui allait se passer
_ le portail est ouvert pour un court instant alors on se dépêche ! cria Atlas qui prit les devants et traversa le tunnel. La centaine de guerriers fonça sans hésitation dans la brèche qui donnait sur ce monde étrange au ciel bleu.

Le corps d’Ozir était endolori, quelques heures après leur passage, ils installèrent un camp de fortune. Le dirma disparu réduit à l’état de particule après leur passage. L’exploration fut suivie des premiers combats lors du face à face avec la faune hostile du monde. Ils firent face à des groupes d’autochtones à peau d’écaille, les nagashites qui possédaient un territoire vaste sur la partie sud du seul continent. Plus tard une catastrophe eut lieu qui disloqua le bloc de terre pour former l’actuel Kebulan et Aztlan.

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