Erynir La Main D’Or était un Haut Empereur pour les Gens d’Iris, la Planète en Périphérie de la Galaxie Numyrothe, et fût il très aimé par son peuple mais aussi par ses plus proches voisins ; tant par les Herianthe que par les Marrhars. Car il était un de ces valeureux hommes de grand orgueil et a la hardiesse avisée qui lui valût nombres de victoires sur les champs de batailles, notamment sa plus célèbre réussite sur la Nébuleuse Blanche en proie aux griffes délétère de La Main à Dix Yeux.

Aussi quand il revint en Iris, là où il était natif, on l’acclama dans toutes les Grandes Cités, chantant son plus grand exploit et on en fit alors le Premier Chevalier à devenir Empereur, sous les étendards dorés des Phalanges Impérialistes.
Il demeura un an sur le trône de la Cité de Parlaq pour y rétablir l’ordre dans toutes les strates de la société, éliminer la corruption des Noirs Abîmes qui sévissaient ici et là, construire autour d’Iris les barrages défensifs et instaurer comme il le put une autorité militaire, car il le savait il n’y avait point de paix, seulement la mort. Durant son année de règne, il parvint à établir, et avec l’aide de la Guilde Marchande locale, des relations commerciale avec les Herianthe mais aussi avec les Marrhas dont les relations n’étaient en ce moment-ci, pas au plus beau fixe. Son prédécesseur, Théphor le Pique Noir, celui que l’on surnommait à juste titre le Monarque Fou, avait cette ambition dévorante, celle d’être un Empereur, non pas d’un monde, mais de toute une galaxie, aussi avait-il déclaré la guerre à tous ses voisins et bien souvent cela finissait en une défaite cuisante. Car de plus en plus arriva la maladie qui consuma le peuple et le manque de ressources qui amena dans son sillage la pauvreté. Furent-t’ils moins nombreux les hommes et les femmes a vouloir se battre a ses cotés.

Mais en cette fin d’année, après le retour de ses troupes armées en Iris, une froide crainte se ranima parmi les hommes et les femmes ; car ils eurent vents de leur éprouvante défaite sur les Champs des Astres Rouges et de l’humiliation qu’ils subirent par le Régent Obscur Cehen la Lame des Abîmes ; alors qu’il siégeait loin des batailles sur son Trône de Crânes. Sur les cinq cents milles d’hommes envoyés au front, en sont revenus à bord d’une frégate esquintée une centaine d’entre eux, le teint pâle et livide – les corps éreintés et les cœurs horrifiés.

Certains se prirent à parler de crainte nouvelle à venir, d’un exode massif des soldats de La Main a Dix Yeux sur leurs terres, et d’une punition quant à leur affront sur les Astres Rouges, et ils disaient que le Régent Obscur serait cette fois là, à la tête de son infernale armée. Mais celui qui en savait le plus long était sans nulle doute Erynir, et dans son inquiétude toujours de plus en plus croissante, il craignait de connaître le même sort que le Monarque Fou qu’on lâcha dans ses rêves de conquête. Aussi il fit demander un conseil extraordinaire dans son palais, avec les membres de la Haute Cour d’Iris, les Grands Seigneurs D’Herianthe et le Cercle Démocrate de Marrhars, afin de requérir à tous leur aide face à la bataille future qui les opposerait contre les Noirs Abîmes. Et tous acceptèrent la demande d’Erynir en son honneur, et plus de trois millions d’hommes furent mobilisés sur les trois planètes, tant sur la terre ferme que dans le vide spatial. Même les civils, enfants et femmes, furent mis à contribution. Dans les immenses manufactures d’Herianthe ont fabriqua les chars et les véhicules rapides dans l’odeur et les vapeurs âcres des hydrocarbures, dans les ateliers de Marrhars on y créa les munitions a plasma et les balles a charges explosives qui équiperaient les fusils et les pistolets des soldats, tandis que sur Iris, ont installa sur toute la surface de la planète, les tourelles a ions et a laser qui serviraient à la défense des flottes spatiales en orbite autour de la planète.

Et c’est ainsi en une fin d’après midi, le trente cinquième jour après le début des opérations défensives, que Erynir flâna dans la Vallée d’Anémone Irisés en compagnie de sa femme Yenn qu’il avait épousé six mois après le début de son règne. La belle journée était dans son déclin, et au-delà du val, là où se dessinaient à l’horizon lointain les premiers édifices effilés d’acier et de fer de Parlaq, le soleil au plus bas empourprait les nuages de coton amoncelés dans le ciel cuivré. Et ensemble, main dans la main et durant des heures ils flânèrent à travers les anémones qui s’illuminaient a mesure que la pénombre enténébrait les alentours. Et ils parlèrent de chose et d’autres mais surtout d’avoir un enfant, car bien qu’elle lui eut caché durant deux mois, Yenn était enceinte d’une petite fille, et à cette annonce bienheureuse, le visage terne et froid de Erynir devint rouge de joie.

Et c’est quand ils s’embrassèrent sous la clarté diaphane des deux lunes d’Iris que soudain se fit entendre le chant hideux et reconnaissable des moteurs des vaisseaux de Guerres ennemis. Et ils les virent, surgissant au plus haut dans le ciel noir, illuminant les lieux de leur lumières verdâtres, non pas une dizaine, mais une centaine de vaisseaux qui recouvraient la totalité du ciel en un amas d’acier, de fer et de cuivre compact. Le brouhaha de leurs réacteurs à plasma mêlé au bruit de l’acier qui se tordait à la pression atmosphérique était des plus insoutenables, aussi Yenn tomba sous l’effet du choc sonore, les oreilles déversant de minces filets de sang. De plus forte composition, Erynir résista tant bien que de mal, et bien qu’il titubait à certains moments, il s’empressa d’alerter par le Canal Vox l’arrivée soudaine de l’armée noire. Aussi attendant leur arrivée prochaine, il porta sa femme a l’épaule et courut au travers du val irisé. Si le terrain avait été plat, ou si les pentes avaient été en sa faveur, aurait-t’il pu aller plus vite, mais ce ne fut pas le cas, et dans son esprit médusé par la situation, l’ombre d’un doute tomba telle une lourde pierre en son cœur
Surgit dans les airs le son dissonant des cuivres – ces instruments du mal qui galvanisaient et euphorisaient toutes les troupes ennemies à son écoute – et le sifflement suraigu des Transporteurs qui déchirèrent les cieux avant de déposer sur la Vallée d’Anémone les centaines combattants aux casques de céramite à l’effigie de la mort. Une fois pied-à-terre, ils firent une brève halte, se préparant méticuleusement à l’assaut, chargeant leur horribles fusils d’assauts et autres lourdes mitrailleuses. Leurs imposantes exo-armure – qui arboraient comme bien souvent d’étranges marques – rayonnaient d’une lueur de jade sous les puissantes lumières des vaisseaux au dessus de leur têtes et leurs donnaient une impression de chimère, presque de brume. Puis enfin, mettant à profit les réacteurs des moteurs à répulsion montés sur leur dos, ils dévalèrent la vallée a toute vitesse, se dirigeant vers Erynir, tout affolé qu’il fut, et dans une clameur des plus sinistres, ils lâchèrent une volée de balles.

Certes, ils étaient encore loin, mais ils ne tarderaient pas à le rattraper, aussi Erynir sauta dans un ravin, disparaissant entièrement de leur champ de vision, et s’enfonça dans une cavité creusée par les pluies des derniers jours. Sa femme qu’il tenait encore dans ses bras, était inerte, cependant il sentait sa respiration au travers de ses maigres vêtements , alors pour mieux la protéger, il la posa au plus loin de la cavité et la recouvrit de boue, de branches et de feuilles afin qu’aucun ne puisse l’apercevoir, au mieux la confondre avec les racines d’un arbre ou un taillis. Puis vint un long silence après le capharnaüm strident des armes.

Erynir crût d’abord à une retraite de l’ennemi, mais quand il sorti de sa cachette pour y risquer un coup d’œil, il les aperçut à deux pas de sa position, l’encerclant de droite comme de gauche, fouillant chaque recoin sans un bruit aucun, pas à pas et leurs fusils encore fumant. A ce moment-là, il recula au plus profond du trou poisseux, se cachant du mieux qui le put. Comme simple arme, il avait un pistolet à cartouche thermique accroché à sa ceinture, mais hélas ce n’était guère suffisant pour espérer tuer un de ses soldats, aussi pria a t-il l’Omnipotent qu’il entende son appel et lui vienne en aide. Et fallait-il croire que ce dernier l’avait entendu.

A cet instant on hurla le Chant Des Morts connu seulement des gens de sa planète. Des milliers d’hommes unis en un seul se ruèrent avec une férocité téméraire à l’est en direction des ennemis, déferlant sur les pentes raides des Collines de Verres et brandissant haut dans le ciel les fiers étendards dorés des Phalanges Impérialistes. Et dans le cœur d’Erynir, la peur céda, et renaquit alors l’espoir. Les Hommes se précipitèrent sur un seul rang, formant un large front jusqu’à devenir alors un croissant et bien qu’ils furent moins nombreux, ce n’était pas eux qui avaient le plus peur. Dans les rangs ennemis, la surprise avaient envahi leur esprit, aussi ils n’hésitèrent plus a tirer, aussi désordonnés qu’ils furent. Et dans la Vallée d’Anémone se livra une furieuse bataille, ou chaque camp restait cantonné a leur position.

Erynir profita de cet instant de confusion pour s’éclipser loin au nord de sa position, avec à ses bras sa femme Yeen qui peu a peu reprenait ses esprits. A l’arrière, l’assaut s’intensifiait avec une frénésie monstrueuse. Des deux cotés, on avait commencé à creuser d’énormes tranchées sous les pluies incessantes des balles, et quand cela ne suffisait plus a se protéger, on entassait les corps des victimes comme un mur, c’était là bien des choses inhumaines, mais dans la guerre, les pires horreurs étaient parfois préférable pour la survie. Et dans le ciel les vaisseaux de guerre lâchèrent des flots d’ogives à fragmentation, qui au contact du sol explosèrent en une multitude d’éclats métalliques, et de lourds chasseurs arpentaient la surface en noyant la vallée sous un puissant napalm qui mit le feu sur des centaines de mètres.

Et ainsi dans sa folle course, Erynir atteignit enfin les rives du fleuve qui délimitait la Vallée d’Anémone aux Plaines Des Jaunes Tulipes, et était-il si exténué qu’il se laissa tomber à même le sol, car il avait parcouru un chemin aussi abrupt que brutal, tenant a bout de bras sa femme qui s’alourdissait de plus en plus à chaque seconde. Il se tint la, seul dans l’obscurité de la nuit, reprenant difficilement son souffle et l’amertume dans son cœur. Puis, au loin les rugissements des moteurs des chars se firent entendre, et quand Erynir se releva, se tenait face a lui, une vingtaine de blindés au couleurs de gris et or de La 15 eme Compagnie – enfin !

De la trappe au dessus du monstre d’acier, en sortit un homme au visage ravagé par les années et il se tenait là, face à lui droit tel un pique, sa longue cape turquoise flottant au vent. Un sourire de défit naquit sur son visage ridé, et d’un ordre le bras levant, toute la troupe se diriga sur le front d’attaque au son des chenilles d’acier. Un allopathe vint à sa rencontre, accompagné par un autre homme, les bras chargés des armes qu’il lui remit aussitôt.

– Pour l’Honneur de La Patrie, et pour la Sauvegarde du Peuple d’Iris Mon Roi ! Fit l’Allopathe
– Pour l’Honneur et Pour la Gloire de l’Omnipotent ! Répondit Erynir

Et Il rejoint le champ d’honneur en compagnie de ses plus fidèles soldats , laissant aux mains expertes de l’Allopathe sa femme Yeen

Des heures durant, les tranchées subissaient le pilonnage incessant des lignes adverses et dans le feu des armes et les brouillards âcres des fumées, certains des hommes – plus téméraires que d’autres ou plus inconscients encore – s’enfoncèrent plus en avant, à travers les boyaux boueux et étroits des retranchements, espérant sans nulle doute de prendre leurs ennemis à revers. Et dans le ciel se livrait aussi une bataille des plus féroces, car de la flotte alliée, d’innombrables vaisseaux, tant chasseurs que frégate, tant bombardier que briseur fusèrent droit sur les ennemis réduisant de moitié l’escadre de La Main à Dix Yeux. Aussi du ciel tombèrent les carcasses en feu des vaisseaux qui s’écrasèrent avec violence sur les terres d’Iris, emportant dans leurs chutes les milliers de belliqueux qui veillaient au bon fonctionnement de leur véhicule.

Ce qu’il advient des Gens D’Iris, on le savait, ils gisaient tous morts dans la Vallée D’Anémone, sauf un, une jeune recrue a peine ses vingts révolus qui a peine étourdi se trouvait enterré dans les ruines fumantes des carcasses des vaisseaux, des chars et des corps sans vie de son peuple, mort pour leur patrie, mort en héros. Ainsi périt le Haut Empereur Erynir La Main D’or lors de cette bataille, un Grand Roi assurément au cœur noble et pur et par sa force et sa sagesse devint une légende a travers la galaxie et au sein des légions de l’Omnipotent.

On raconte que la jeune recrue courut comme un cerf échappant a une meute de chiens en rage, l’angoisse et la douleur lui tenaillant le cœur, et ceux jusqu’à ce qu’il atteigne la Cité de Parliq. Et la devant les Grandes Portes de la cité, il fit une halte et s’assurait qu’il ne fut pas suivit mais l’ennemi avait rejoint le vide de l’espace depuis fort longtemps et les rares restant étaient la multitude de mort qui jonchaient la vallée. Aussi espérait t-il trouvé une aide bien aimable, mais la cité rayonnante autrefois était déserte, car tous ses habitants avaient fuit la planète pendant la longue bataille. Alors moins haletant, mais vide de vie, il reprit sa route d’une marche sans envie droit devant lui dans les ténèbres de la nuit, sans chemin et plein d’embûche pour celui qui n’était pas aguerri de marche.

Et ainsi marchant durant deux jours, et deux nuit, il atteignit les Monts De Roche au Nord du Monde, là ou se trouvait au sommet le laboratoire de recherche. Alors bien qu’exténuait par cette longue marche qu’aucun des Gens d’Iris auraient eut l’idée de faire, il puisa en lui une force nouvelle, et par un sentier étroit et sinueux, commença son ascension jusqu’au Pic car c’était un jeune vigoureux au point que dans sa formation on eut dis de lui qu’il était le plus fort parmi ses camarades. Mais bien qu’il eut parcouru plus de la moitié de l’élévation de roche et de boue, il n’avait guère l’espoir d’atteindre les hauteurs, tant était t-il si fatigué. Alors il se débarra de son armure en Céramite, de son arme a sa ceinture et s’assit entre deux pierre. Il se tint la, un temps, seul et le désespoir au cœur, observant avec tristesse les deux lunes rougeoyantes d’Iris haut dans ce ciel noir sans étoile.

C’est magnifique, un spectacle remarquable que ses deux astres lumineux se disait t-il, tandis que peu a peu, l’étreinte froide de la mort venait enlacer son corps frêle.

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